Sténopés

Dans ce Monde de fer et de calcul où tout doit être net, rapide et utile la magie se cache où elle peut, dans la douceur d'un Sténopé, dans sa lenteur obstinée. On glane une image par une image, ce qui oblige à vraiment regarder en espérant voir, une sorte de prière, une quête et qui sait, peut-être un jour saisir une belle image, une trace de divin?

Une gravure représentant une tente percée d'un trou dont se servit le grand savant arabe Alhazen au Xème siécle pour observer une éclipse et optimiser le diamétre du trou.

Au XIe siécle, le grand savant Alhazen considéré comme le pére fondateur de l'optique moderne utilisa le principe du sténopé pour rédiger son traité "la forme de l'éclipse".

Oui mais au fait, le sténopé c'est quoi ?

Socrate et Glaucon assis sur un banc avec en arrière-plan le port du Pirée, on peut voir que les deux philosophes dialoguent avec passion.

Imaginons Socrate nous révéler les mystères du sténopé, au fil d'un dialogue avec son élève Glaucon.

Socrate : Dis-moi, Glaucon, as-tu déjà contemplé l'étrange magie d'une image née non pas d'un objectif savamment taillé, mais d'un simple trou percé dans l'obscurité ?

Glaucon : Un trou, Socrate ? Comment une ombre pourrait-elle naître d'un tel néant ?

Socrate : Pourtant, c'est ainsi que la lumière, en maître géomètre, trace sur le papier des lignes pures, nettes de l'infini jusqu'à nos mains. N'est-ce pas merveilleux que ce qui est privé de lentilles voit plus clairement que l'œil de l'aigle ?

Glaucon : Mais alors, pourquoi les hommes s'encombrent-ils de verres polis et de mécaniques bruyantes ?

Socrate : Ah, Glaucon ! Parce qu'ils courent après l'instant, comme un enfant poursuit des bulles. Le sténopé ne capture pas un moment - il embrasse le temps lui même. Vois ces branches qui dansent : leur mouvement s'écrit en traînés pâles, comme si le vent avait pris un pinceau. Ce flou n'est pas un défaut, mais la signature  du temps.

Glaucon : Tu dis qu'il faut attendre ? Comme le paysan guette l'aurore ?

Socrate : Plus encore car le paysan sait que le soleil se lévera, mais le photographe au sténopé prie dans l'inconnu. Une seule plaque, une seule offrande. Il observe le Monde comme un moine son livre sacré, s'impregnant des formes, des lumières, jusqu'à ce que son âme et la scène ne fassent qu'un.

Glaucon : Et s'il échoue ?

Socrate : L'échec ? Regarde ces grains d'argent, irréguliers comme les étoiles dans le ciel. Le numérique aligne ses soldats de pixels en rangs parfaits, mais la vérité est désordre, Glaucon ! Le sténopé comme comme la nature se moque de nos quadrillage.

Glaucon : Alors... ce serait une forme de sagesse ?

Socrate : N'est-ce pas la sagesse que de ralentir, de n'accorder qu'une image à ce qui mérite l'éternité ? A quoi sert d'accumuler des clichés comme des coquillages vides. Le sténopiste tente de pêcher une perle.

Glaucon : Mais cette attente du tirage...n'est-ce pas cruel ?

Socrate : Cruel ? Non mon ami, c'est la joie pure ! Comme l'alchimiste guette l'or dans son creuset, nous rêvons devant le bain révélateur. Et quand l'image apparaît, parfois déformée, parfois étrange ne sommes nous pas des démiurges ?

Glaucon : Tu m'as convaincu, Socrate. Donne-moi une boîte percée, que je tente, moi aussi de voler un fragment d'éternité.

Près de la commune de Meyrals en Dordogne, sténopé d'un petit plan d'eau avec une maisonnette sur le côté et dans le lointain une petite colline boisée.

  Pour l'aigle, Socrate exagére un peu, de fait la profondeur de champ est maximum de premier plan au plus lointain mais le sténopé a une netteté relative qui devient optimum en utilisant des supports photosensibles le plus grand possible. Sténopé 20x25 cm - Meyrals - Dordogne.

La rivière Shimna qui coule dans la forêt de Tollymore en Irlande et la pose longue laisse voir la rivière comme un mirroir et le flou des braches qui s'agitent.

 Avec un temps de pose plutôt long, les branches des arbres s'agitent, l'eau se transforme en miroir - Sténopé 4x5 inches - Forêt de Tollymore - Irlande.